Articles de presse sur la Résidence Notre Dame de la Treille

France Bleu Nord - Septembre 2016

Valenciennes : la «thérapie du voyage», une première française pour les malades d’Alzheimer.
 
Ça y est, les résidents de Notre-Dame de La Treille ont posé leurs valises sur les berges de l’Escaut. De nouvelles chambres et perspectives, avec une attention particulière portée aux malades d’Alzheimer. Une unité de soin leur est dédiée, ainsi qu’une première française surprenante : la « thérapie du voyage ».
« Gare », lit-on sur une porte discrète. L’envie de partir se fait pressente, il est temps de réserver ses billets. On entre dans une petite pièce. Un écran annonce deux quais. Plusieurs trains au départ : Nice, Paris, Marseille… Si l’on veut voyager jusqu’à Amiens, Maubeuge ou La Briquette, il suffit de demander au guichet, à peine plus loin. On patiente jusqu’au départ, un regard sur l’horloge, assis sur le banc en bois face au wagon. C’est l’heure. Dans la voiture, quatre fauteuils en cuir, des gravures, des range-bagages et appui-têtes. On veille à respecter la consigne déclinée en plusieurs langues : « Ne jeter aucun objet par la fenêtre. » La locomotive se met en marche : 15 à 45 minutes de trajet, peu importe la destination. Ça y est, le paysage défile. Destination la thérapie du voyage.
Organiser la fugue
Une télé où l’extérieur file, une pièce pour quai d’embarquement et une autre pour le wagon, des trompe-l’œil collés aux murs pour les décors et indications… Nous n’avons pas quitté le pôle d’activités et de soins adaptés (PASA) de la nouvelle résidence de La Treille (lire ci-dessous). Ici, on crée l’illusion. En tout cas suffisamment pour que ceux visés, des malades d’Alzheimer, y croient. L’objectif, une fois de plus, est de ralentir les effets de la maladie. Mais cette fois sans chimie.
L’illusion pour médicament
« Pour calmer ce besoin de partir, on ne donne pas de médicament, on organise la fugue. » Emmanuelle TIRY a déniché ce traitement en Italie et en Suisse. Cette nouvelle « thérapie du voyage » mise au point par un spécialiste comportemental sera déployée, dès janvier et pour la première fois en France, sur les berges de l’Escaut. « C’est un concept magnifique et surprenant, qui a fait ses preuves », assure une directrice charmée.
Accompagnés d’un thérapeute ou d’un parent, les malades font plus qu’entrer dans une pièce de la maison de retraite. « Ils quittent l’établissement. C ela ouvre des perspectives : un dialogue détendu, des souvenirs qui remontent… On est dans l’illusion, la sensation. Pour eux, c’est vrai. »
E. TIRY  a hâte de pouvoir juger de son efficacité et de partager l’expérience : « On ne force personne, on suit leur volonté. Certains n’y adhéreront pas mais cela pourra rassurer : désormais, ils savent qu’ils peuvent partir. »

Sept ans après le projet, aînés et mobilier déménagés
Ils prennent le soleil sur une terrasse qui surplombe l’Escaut : vue sur les péniches, au calme. Près des berges où la végétation devra encore pousser, un barbecue, déjà prêt pour la fameuse fête de La Treille. Un petit kilomètre sépare la nouvelle résidence de l’ancienne, rue de Paris. L’aboutissement d’un projet de 2009 pour l’unique établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) privé de Valenciennes. Et de nouvelles perspectives.
Début des travaux en 2014 et, finalement, un emménagement avancé aux 17 et 18 juin, plutôt qu’en septembre comme initialement prévu. L’ARS et le Département ont donné leur feu vert deux jours avant. Branle-bas de combat pour assurer un déménagement méticuleux. Une réussite, dit la directrice Emmanuelle Tiry : les cartons et leurs propriétaires sont tous arrivés à bon port. « J’angoissais. Mais il fallait les voir, eux, en arrivant : ils étaient super heureux ! »
Les 38 résidants se sont installés dans leurs nouvelles chambres (il y a désormais 40 lits de plus) réparties sur deux étages : des espaces équivalents de 24 m2 (contre 15 à 27 m2 auparavant), que les aînés ont pu meubler (ou profiter du mobilier désormais fourni). Il leur en coûtera 2,50 € quotidiens supplémentaires.
Une quinzaine de nouvelles entrées sont programmées et, déjà, les dossiers affluent. Il faut dire que l’ensemble, lumineux, héberge salon de coiffure, cuisine thérapeutique, salle de bain balnéo… Un soin sera tout particulièrement apporté aux malades d’Alzheimer, avec une nouvelle unité de vie de 14 places et un pôle d’activités et de soins adaptés dernier cri. Pour faire tourner l’ensemble, 17 emploi supplémentaires seront créés (soit, au total, 49 salariés).
 

La thérapie du Voyage

Entrée du wagon de train A Valenciennes, les malades d'Alzheimer prennent le train, pour ne pas fuguer
Par Cécile Bidault, France Bleu Nord mercredi 21 septembre 2016 à 6:00
La vraie-fausse gare, dans l'unité Alzheimer de la maison de retraite © Radio France - Cécile Bidault

La maison de retraite Notre Dame de la Treille, à Valenciennes, va expérimenter, pour la première fois en France, la thérapie du voyage. Les patients atteints de la maladie d'Alzheimer, qui ont souvent besoin de bouger -au risque de fuguer- pourront s'installer à bord d'un train virtuel.
Cela s'appelle la thérapie du voyage. Imaginée par un médecin italien, elle est utilisée en Italie et en Suisse. Pour la première fois en France, le système vient d'être installé à Valenciennes. L'EHPAD Notre Dame de la Treille expérimentera, à partir de début octobre, une gare virtuelle. Une pièce de l'établissement est transformée en véritable décor de film : panneau d'affichage, horloge, banc pour patienter, guichet, tout rappelle l'univers de la gare.

Avec un soignant, le patient prendra place dans le wagon, sur l'un des quatre vrais sièges de train. Sur un écran défilent des images du paysage : campagne, ville, mer, le décor change en fonction des saisons. C'est un voyage immobile, "qui apaise le malade" selon Emmanuelle Tiry, la directrice de la maison de retraite. "C'est un moment privilégié d'écoute, qui réduit les troubles de l'anxiété, l'agressivité, et la déambulation".
 
 
Emmanuelle Tiry, directrice de l'EHPAD Notre Dame de la Treille
Jusqu'à 10 km de marche par jour
Car l'une des caractéristiques de la maladie d'Alzheimer, c'est que les personnes qui en sont atteints ne tiennent pas en place. C'est ce qu'on appelle la déambulation. Ils peuvent marcher jusqu'à 10 km par jour, jusqu'à épuisement. Cette thérapie du voyage "lui permet de partir" explique Laura Drissi, infirmière coordinatrice - partir virtuellement-, et de réduire ces déambulations.

Une fugue organisée
L'une des conséquences de ce besoin de marcher, chez les malades d'Alzheimer, c'est le risque de fugue. Même si la maison de retraite valenciennoise, toute neuve, est sécurisée, le personnel doit être vigilant. Avec ce vrai-faux train, "on organise la fugue", analyse Emmanuelle Tiry, "c'est une manière de réduire le risque". L'objectif, c'est aussi de diminuer la consommation de médicaments, notamment d'anxiolytiques, en calmant le patient.

L'infirmière magazine - décembre 2016